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Leadership régulant : et si mieux diriger consistait aussi à mieux réguler ?

inavecchione
il y a 8 heures
6 min de lecture

Leadership, psychologie du travail, intelligence émotionnelle et performance durable.


Décider. Arbitrer. Mobiliser. Performer.

Nous attendons beaucoup des dirigeants et des managers. Qu'ils donnent du sens, incarnent une vision, accompagnent le changement, développent les talents, préviennent les tensions et obtiennent des résultats.


Mais une question mérite d'être posée : que produit réellement notre manière de diriger sur celles et ceux avec qui nous travaillons ?

Car une décision ne produit pas uniquement un résultat opérationnel. Elle peut aussi générer de la confiance ou de la défiance, de l'engagement ou du retrait, de la clarté ou de l'incertitude.

Et si l'une des compétences déterminantes du leadership contemporain était précisément cette capacité à comprendre, anticiper et réguler les dynamiques humaines et organisationnelles ?

C'est ce que je propose d'explorer à travers une notion qui occupe une place importante dans ma conception du développement professionnel : le leadership régulant et capacitant.

1. Diriger, c'est aussi agir sur un système vivant

Une organisation ne fonctionne pas uniquement à travers des processus, des objectifs et des organigrammes.

Elle fonctionne aussi à travers des individus, des relations, des perceptions, des émotions, des normes implicites et des jeux d'interdépendance.

Chaque équipe possède ses équilibres, ses tensions, ses habitudes et ses manières de coopérer.

Un changement de priorité, une réorganisation, un désaccord non traité ou une décision mal comprise peuvent modifier ces équilibres.

Le dirigeant ou le manager n'est pas extérieur à ce système : il en est lui-même un acteur, dont les comportements participent à façonner les dynamiques.

C'est ici qu'une lecture systémique du leadership prend tout son intérêt.

Au lieu de considérer exclusivement les comportements individuels, elle invite à interroger les interactions et le contexte dans lequel ils émergent.

Lorsqu'une équipe semble démotivée, faut-il immédiatement chercher à renforcer sa motivation ?

Ou examiner également la clarté des objectifs, la reconnaissance, les marges de manœuvre, la charge de travail et la qualité des relations ?

Réguler, ce n'est pas corriger systématiquement les individus. C'est aussi questionner ce que le système leur permet, leur demande ou les empêche de faire.

2. La première régulation commence par soi

Un leader n'est pas un être dépourvu d'émotions.

Il peut ressentir de la peur, de la colère, de l'impatience, de la frustration, de l'enthousiasme ou du doute.

Ces expériences sont humaines. L'enjeu n'est pas de les supprimer, mais de développer une capacité à les reconnaître, les comprendre et à choisir comment y répondre.

Les travaux du psychologue James J. Gross sur la régulation émotionnelle montrent que nous pouvons agir à différents moments du processus émotionnel : en modifiant une situation, en orientant notre attention, en réévaluant son interprétation ou en modulant notre réponse.

Cette perspective ouvre une distinction essentielle :

Ressentir une émotion n'impose pas de lui laisser gouverner notre comportement.

Prenons une situation ordinaire.

Un collaborateur conteste une décision en réunion.

Le manager peut interpréter cette intervention comme une remise en cause de son autorité et réagir défensivement.

Il peut aussi reconnaître son inconfort, questionner son interprétation et chercher à comprendre la nature du désaccord.

Dans les deux cas, la situation initiale est identique. Mais les réponses peuvent produire des conséquences relationnelles très différentes.

La régulation de soi ne signifie donc ni neutralité émotionnelle permanente, ni maîtrise absolue.

Elle suppose de cultiver sa conscience de soi, sa capacité de recul et son discernement.

La gouvernance de soi devient alors une compétence professionnelle, et non une simple démarche de développement personnel.

3. Réguler les relations sans chercher à éliminer les tensions

Une équipe performante n'est pas nécessairement une équipe dans laquelle tout le monde est d'accord.

Les divergences peuvent enrichir la réflexion, améliorer les décisions et révéler des angles morts.

Encore faut-il qu'elles puissent s'exprimer et être travaillées.

Les recherches d'Amy Edmondson sur la sécurité psychologique ont notamment mis en évidence son association avec les comportements d'apprentissage au sein des équipes.

La sécurité psychologique désigne la conviction partagée qu'il est possible de prendre certains risques interpersonnels, comme poser une question, signaler une erreur ou exprimer une préoccupation, sans craindre systématiquement des conséquences humiliantes.

Cela ne signifie pas renoncer aux exigences, aux responsabilités ou à la confrontation des idées.

Au contraire.

Le leadership régulant ne recherche pas l'absence de désaccord. Il cherche à créer les conditions pour que le désaccord devienne exploitable plutôt que destructeur.

Cela demande de travailler sur plusieurs dimensions :

  • La qualité de l'écoute et du dialogue.

  • La clarification des intentions et des attentes.

  • La reconnaissance des perceptions différentes.

  • La circulation de l'information et du feedback.

  • La capacité à traiter les tensions avant qu'elles ne s'installent.

  • La possibilité de questionner les décisions sans remettre systématiquement en cause les personnes.

Le leader régulant n'est pas celui qui prend en charge toutes les émotions de son équipe.

Il contribue à installer un cadre relationnel dans lequel chacun peut exercer sa responsabilité.

4. Mais attention : on ne régule pas une organisation uniquement avec de l'intelligence émotionnelle

C'est probablement l'un des points les plus importants.

Nous parlons beaucoup de résilience, de gestion du stress, de communication bienveillante et d'intelligence émotionnelle.

Ces compétences ont leur utilité.

Mais elles ne sauraient compenser durablement une organisation du travail dysfonctionnelle.

Un manager peut développer une excellente capacité d'écoute. Si son équipe doit continuellement absorber des charges irréalistes, des injonctions contradictoires ou des changements incessants sans moyens adaptés, les tensions risquent de persister.

Les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé et les travaux de l'INRS soulignent précisément l'importance des interventions sur les facteurs organisationnels et psychosociaux.

La prévention ne peut pas reposer exclusivement sur la capacité des individus à supporter ce qui les met en difficulté.

Le leadership régulant implique donc une troisième dimension : agir sur les conditions de réalisation du travail.

Cela signifie notamment :

  • Clarifier les priorités et les responsabilités.

  • Rendre visibles les contradictions et les contraintes.

  • Ajuster les moyens aux objectifs lorsque cela relève de son pouvoir d'action.

  • Préserver des marges de manœuvre.

  • Favoriser la participation aux décisions qui concernent le travail.

  • Faire remonter les difficultés qui dépassent son périmètre de responsabilité.

Cette dimension est essentielle : un manager ne possède pas toujours le pouvoir de transformer seul son organisation.

Le leadership régulant ne doit pas devenir une injonction supplémentaire à tout absorber, tout résoudre et tout réparer.

Il suppose également une responsabilité de la gouvernance, des directions et de l'organisation dans son ensemble.

5. Du leadership régulant au leadership capacitant

Réguler ne constitue pas une finalité en soi.

L'enjeu est aussi de permettre aux personnes et aux collectifs de développer leurs capacités d'action.

C'est ici que je fais le lien avec le leadership capacitant.

Un leader capacitant ne cherche pas à devenir indispensable à toutes les décisions.

Il contribue à créer les conditions dans lesquelles les autres peuvent progressivement gagner en autonomie, en compétence, en confiance et en responsabilité.

Cela ne signifie pas abandonner son rôle de direction.

Cela signifie exercer son autorité de manière à soutenir le développement du pouvoir d'agir, plutôt qu'à entretenir une dépendance permanente.

Concrètement, cela peut consister à déléguer de véritables responsabilités, rendre explicites les marges de décision, encourager les initiatives et transformer les retours d'expérience en apprentissages.

Il existe cependant une tension intéressante :

Trop de contrôle peut étouffer l'initiative. Trop peu de cadre peut produire de l'insécurité et de la confusion.

Le leadership régulant et capacitant consiste notamment à travailler cet équilibre, sans prétendre qu'il existe une réponse universelle.

6. Cinq questions pour interroger sa posture de leader

Je vous propose un court exercice de réflexion.

1. Qu'est-ce que ma manière de réagir produit chez les autres ?

De l'ouverture, de la confiance, de la prudence, du retrait, de l'autonomie ?

2. Quels désaccords peuvent réellement s'exprimer dans mon équipe ?

Et lesquels restent silencieux ?

3. Quelles difficultés attribuons-nous aux personnes alors qu'elles peuvent aussi provenir de l'organisation du travail ?

4. Où se situe la frontière entre accompagner, soutenir et faire à la place des autres ?

5. Que puis-je faire évoluer dans ma posture, mes pratiques ou mon environnement pour renforcer le pouvoir d'agir collectif ?

Ces questions n'appellent pas nécessairement des réponses immédiates.

Elles invitent à changer de niveau de lecture.

À observer non seulement ce que nous faisons, mais aussi ce que nos actions rendent possible.

Conclusion — Un leadership qui ne cherche pas à tout maîtriser

Nous avons longtemps associé le leadership à la capacité de décider, de convaincre, de mobiliser et de conduire les autres vers un objectif.

Ces dimensions restent importantes.

Mais elles ne suffisent pas toujours à répondre à la complexité des environnements professionnels.

Le leadership régulant propose une autre exigence : développer sa capacité à discerner ce qui se joue, à intervenir avec justesse et à reconnaître ce qui nécessite une réponse individuelle, relationnelle ou organisationnelle.

Il ne promet ni l'absence de tensions, ni une harmonie permanente.

Il invite à construire des conditions de travail dans lesquelles les difficultés peuvent être exprimées, les responsabilités clarifiées, les ressources mobilisées et les ajustements réalisés.

Car diriger ne consiste pas seulement à obtenir des résultats par l'action des autres. C'est aussi prendre sa part de responsabilité dans les conditions qui leur permettent d'agir, de coopérer, d'apprendre et de durer.

Et peut-être est-ce là l'une des expressions les plus exigeantes d'un leadership profondément humain.

Pour aller plus loin avec Rinascita Eternae Coaching

J'accompagne les patrons, managers, professionnels et collectifs dans le développement de leur posture, de leur discernement, de leurs pratiques relationnelles et de leur pouvoir d'agir.

À travers le coaching individuel, le coaching d'équipe, les ateliers et les accompagnements sur mesure, nous travaillons sur des situations concrètes : prises de responsabilités, décisions complexes, tensions relationnelles, transformations, coopération et performance durable.

Développer son leadership, ce n'est pas devenir quelqu'un d'autre. C'est élargir sa capacité à agir avec conscience, discernement et responsabilité.

Rinascita Eternae Coaching — Agir avec discernement. Diriger avec humanité. Vivre avec profondeur.

 
 
 

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