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Réussir sa vie professionnelle : et si nous avions hérité d'une définition qui ne nous appartient pas ?

inavecchione
il y a 7 heures
9 min de lecture

Normes sociales, psychologie de la réussite, identité professionnelle et liberté de construire sa propre trajectoire.


Un beau poste. Un bon salaire. Des responsabilités. Une carrière qui progresse.

Sur le papier, tout semble réuni.

Et pourtant, il arrive qu'une question s'invite, parfois discrètement, parfois avec insistance :

« Est-ce vraiment la réussite que je voulais ? »

À l'inverse, certaines personnes empruntent des chemins moins conventionnels, renoncent à une promotion, changent de métier, ralentissent ou redéfinissent leurs priorités. Elles peuvent alors éprouver le besoin de justifier leurs choix, comme si s'écarter d'une trajectoire attendue revenait nécessairement à perdre quelque chose.

Pourquoi ?

Parce que notre conception de la réussite ne se construit jamais dans le vide.

Elle se façonne au contact de notre éducation, de notre environnement social, de nos expériences, des organisations que nous traversons et des modèles auxquels nous nous comparons.

Nous apprenons à reconnaître les signes extérieurs du succès bien avant de nous demander ce que réussir signifie personnellement pour nous.

Et si l'un des enjeux majeurs de notre vie professionnelle consistait à distinguer ce que nous désirons véritablement de ce que nous avons appris à désirer ?

1. La réussite professionnelle est aussi une construction sociale

Nous avons tendance à considérer la réussite comme le résultat d'une combinaison de compétences, d'efforts, de décisions et d'opportunités.

Cette lecture n'est pas fausse. Mais elle reste incomplète.

La sociologie nous rappelle que les aspirations individuelles se construisent dans des contextes sociaux.

Pierre Bourdieu a notamment montré comment les dispositions acquises au cours de notre socialisation, les ressources dont nous disposons et les hiérarchies sociales influencent nos pratiques, nos goûts et nos représentations.

Appliquée à la vie professionnelle, cette perspective nous invite à interroger ce que nous considérons comme une carrière enviable.

Pourquoi certaines professions sont-elles davantage valorisées que d'autres ?

Pourquoi associons-nous si facilement progression et ascension hiérarchique ?

Pourquoi une personne qui devient directrice semble-t-elle avoir « réussi », tandis qu'une autre qui choisit de réduire ses responsabilités doit parfois expliquer sa décision ?

Ces jugements ne sont pas universels.

Ils s'inscrivent dans des systèmes de valeurs, des rapports sociaux et des conventions historiquement construits.

La réussite n'est donc pas uniquement ce que nous accomplissons. Elle est aussi ce que notre environnement nous apprend à reconnaître comme un accomplissement.

Cela ne signifie pas que nos ambitions seraient artificielles ou illégitimes.

Cela signifie simplement qu'elles méritent parfois d'être interrogées.

2. Quand le regard des autres devient notre propre instrument de mesure

La psychologie sociale apporte un deuxième éclairage.

En 1954, Leon Festinger formalise sa théorie de la comparaison sociale.

Selon cette approche, les individus évaluent notamment leurs opinions et leurs capacités en se comparant à autrui, particulièrement lorsque les critères objectifs font défaut.

Dans la sphère professionnelle, ces comparaisons prennent des formes très concrètes.

Un ancien camarade devient directeur général.

Une collègue obtient une promotion.

Un entrepreneur annonce une croissance spectaculaire.

Une connaissance semble conjuguer réussite, liberté, épanouissement et vie personnelle parfaitement équilibrée.

Soudain, notre propre parcours peut nous sembler moins satisfaisant.

Non parce que notre situation a objectivement changé.

Mais parce que notre point de comparaison s'est déplacé.

La comparaison sociale n'est pas nécessairement négative. Elle peut nourrir l'apprentissage, stimuler l'ambition ou ouvrir de nouvelles perspectives.

Elle devient plus problématique lorsque les critères des autres prennent systématiquement le pas sur les nôtres.

À partir de quel moment cessons-nous de poursuivre ce qui compte pour nous pour commencer à poursuivre ce qui nous permettra de nous sentir à la hauteur ?

La question est d'autant plus intéressante que nous ne sommes pas toujours conscients de ce déplacement.

Nous pouvons sincèrement vouloir une promotion, un statut ou une reconnaissance, sans avoir encore exploré ce que ces objectifs représentent pour nous.

Une sécurité ?

Une liberté ?

Une preuve de compétence ?

Une reconnaissance longtemps attendue ?

Ou simplement la prochaine étape d'un parcours que nous n'avons jamais véritablement questionné ?

3. Réussite objective et réussite subjective : deux réalités qui ne se confondent pas

La recherche sur les carrières distingue généralement deux dimensions de la réussite professionnelle.

La réussite objective renvoie à des indicateurs relativement observables : rémunération, position hiérarchique, promotions, responsabilités ou statut.

La réussite subjective concerne la manière dont une personne évalue elle-même son parcours : satisfaction, sentiment d'accomplissement, cohérence avec ses aspirations ou appréciation de son évolution.

Dans ses travaux publiés en 2005, Peter Heslin souligne l'importance de ne pas réduire la réussite professionnelle à quelques indicateurs conventionnels.

Il montre notamment l'intérêt d'examiner les critères personnels et les références sociales utilisés pour évaluer une carrière.

Cette distinction change profondément notre manière d'aborder les trajectoires professionnelles.

Une personne peut bénéficier d'une réussite objective élevée tout en éprouvant une insatisfaction importante.

Une autre peut connaître une progression hiérarchique limitée, mais considérer son parcours comme pleinement satisfaisant.

Et bien sûr, réussite objective et subjective peuvent également se rejoindre.

L'enjeu n'est pas d'opposer ambition et épanouissement, argent et sens, reconnaissance et liberté.

Il est de comprendre comment ces dimensions peuvent se conjuguer, selon les aspirations, les besoins et les réalités de chacun.

Car il n'existe pas une seule manière légitime de réussir.

4. Quand nos ambitions deviennent des obligations invisibles

La sociologie du travail permet d'aller encore plus loin.

Les organisations ne définissent pas uniquement des fonctions et des objectifs. Elles véhiculent également des représentations de ce qu'est un professionnel performant, engagé ou prometteur.

Être disponible.

Être adaptable.

Se dépasser.

Accepter de nouvelles responsabilités.

Faire preuve d'ambition.

Rester constamment mobilisé.

Ces attentes peuvent soutenir le développement professionnel. Mais lorsqu'elles deviennent des normes implicites auxquelles il semble impossible de déroger, elles peuvent également produire des tensions.

Le sociologue Alain Ehrenberg, dans Le Culte de la performance, analyse notamment la place prise par les idéaux de compétition, d'initiative individuelle et de dépassement de soi dans les sociétés contemporaines.

Cette réflexion ouvre une question fondamentale :

À quel moment l'invitation à se réaliser devient-elle une obligation de réussir ?

Le paradoxe est saisissant.

Nous valorisons l'autonomie, tout en prescrivant parfois la manière dont elle devrait s'exprimer.

Nous encourageons la singularité, tout en récompensant des trajectoires relativement standardisées.

Nous célébrons la liberté de choix, tout en considérant certains choix comme des reculs.

Ainsi, refuser une promotion peut être interprété comme un manque d'ambition.

Exprimer un besoin de stabilité peut être perçu comme une résistance au changement.

Souhaiter davantage de temps personnel peut être assimilé à un désengagement.

Pourtant, ces décisions peuvent aussi témoigner d'une connaissance approfondie de soi, de ses priorités et de ses conditions de réussite.

Il ne s'agit pas de valoriser systématiquement le ralentissement plutôt que l'accélération.

Il s'agit de reconnaître qu'une trajectoire désirable ne se mesure pas uniquement à sa vitesse ou à sa verticalité.

5. Vouloir réussir ou devoir réussir : ce que nous apprend la psychologie de la motivation

Pourquoi poursuivons-nous certains objectifs avec enthousiasme, tandis que d'autres finissent par nous épuiser ?

La théorie de l'autodétermination, développée notamment par Edward Deci et Richard Ryan, apporte un éclairage précieux.

Elle distingue différentes formes de motivation selon le degré auquel nos comportements sont vécus comme autonomes ou contrôlés.

Nous pouvons agir par intérêt, conviction et adhésion personnelle.

Mais nous pouvons également agir sous l'effet de pressions externes ou de contraintes que nous avons intériorisées.

Par exemple, rechercher une promotion peut répondre à une aspiration authentique : développer son influence, exercer davantage de responsabilités ou contribuer à des décisions stratégiques.

Cette même promotion peut aussi être poursuivie principalement pour éviter de décevoir, prouver sa valeur ou ne pas se sentir inférieur à ses pairs.

L'objectif est identique.

Mais les ressorts motivationnels peuvent être très différents.

Attention toutefois à ne pas simplifier cette distinction.

Nos motivations sont souvent multiples. Le désir de reconnaissance, la recherche de sécurité financière et l'intérêt pour une activité peuvent parfaitement coexister.

L'autonomie ne signifie pas non plus agir indépendamment des autres ou sans contraintes.

Elle renvoie notamment à la possibilité de reconnaître une certaine adhésion personnelle à ce que nous faisons.

La question n'est donc pas seulement : « Qu'est-ce que je veux atteindre ? »

Mais aussi : « Pourquoi est-ce important pour moi de l'atteindre ? »

Cette seconde question peut parfois transformer profondément notre rapport à la réussite.

6. Construire sa propre réussite ne signifie pas pouvoir tout choisir

Il serait tentant de conclure qu'il suffit de se libérer des normes sociales pour construire la carrière qui nous ressemble.

Mais ce serait oublier une dimension essentielle : nous n'évoluons pas tous avec les mêmes ressources ni les mêmes possibilités.

Nos trajectoires sont également influencées par notre origine sociale, notre situation économique, notre état de santé, nos responsabilités familiales, les discriminations éventuelles et les opportunités effectivement accessibles.

La liberté de choix n'est jamais totalement abstraite.

Elle s'exerce dans des conditions concrètes.

Une personne qui doit sécuriser ses revenus ne dispose pas nécessairement des mêmes marges de manœuvre qu'une autre bénéficiant d'une importante sécurité financière.

Une personne confrontée à des contraintes familiales ou à un marché de l'emploi difficile ne peut pas toujours transformer immédiatement ses aspirations en décisions.

C'est pourquoi je me méfie des injonctions contemporaines du type :

« Ose tout quitter. »

« Suis ta passion. »

« Deviens la meilleure version de toi-même. »

Elles peuvent être stimulantes, mais elles risquent aussi de faire peser sur l'individu l'entière responsabilité de sa situation.

Construire une réussite qui nous ressemble, ce n'est pas nier les contraintes. C'est apprendre à discerner nos possibilités d'action à l'intérieur de notre réalité.

Et parfois, cela signifie aussi agir collectivement pour faire évoluer cette réalité.

7. Et si nous pensions nos carrières comme des trajectoires à construire plutôt que des échelles à gravir ?

La psychologie de l'orientation et du développement de carrière propose des perspectives particulièrement intéressantes.

Les travaux de Mark Savickas, Jean Guichard et leurs collègues autour du Life Design invitent à considérer les parcours professionnels comme des constructions évolutives, inscrites dans des histoires de vie et des contextes changeants.

Cette perspective permet de sortir d'une représentation exclusivement linéaire de la carrière.

Nos aspirations peuvent évoluer.

Nos besoins également.

Ce qui constituait une réussite à 25 ans peut ne plus correspondre à nos priorités à 40, 50 ou 60 ans.

Et cela n'implique pas nécessairement que nous nous soyons trompés auparavant.

Nous avons changé. Notre environnement aussi.

Une trajectoire professionnelle peut comporter des accélérations, des pauses, des réorientations, des explorations et des transformations.

Elle peut conjuguer ambition, contribution, apprentissage, reconnaissance, sécurité, autonomie et qualité de vie.

Selon des équilibres qui ne sont ni figés ni universels.

Réussir ne consiste peut-être pas à atteindre une fois pour toutes une position idéale, mais à conserver la capacité de faire évoluer sa trajectoire sans perdre de vue ce qui compte pour soi.

8. Reprendre la main : cinq questions pour redéfinir sa réussite

Je te propose ici cinq questions de réflexion, à revisiter à différentes étapes de ta vie professionnelle.

1. Si personne ne connaissait mon titre, mon salaire ou mon statut, qu'est-ce qui me rendrait fier de mon parcours ?

Cette question invite à distinguer reconnaissance extérieure et accomplissement personnel.

2. Quelles ambitions ai-je choisies et lesquelles ai-je progressivement adoptées pour répondre aux attentes de mon environnement ?

Il ne s'agit pas de rejeter les influences sociales, mais de les rendre plus conscientes.

3. Qu'est-ce que je ne souhaite plus sacrifier pour réussir ?

La santé, les relations, le temps, la liberté, la stabilité, l'apprentissage ou autre chose ?

4. Quelles sont mes véritables marges de manœuvre aujourd'hui ?

Que puis-je décider, négocier, expérimenter ou faire évoluer ? Quelles contraintes nécessitent d'autres ressources ou un soutien collectif ?

5. À quoi reconnaîtrai-je, dans quelques années, que j'ai construit une trajectoire qui me convient ?

Pas seulement aux résultats obtenus.

Mais aussi à la manière dont je les aurai construits et vécus.

Ces questions ne visent pas à produire une définition parfaite de la réussite.

Elles ouvrent un espace de discernement.

Conclusion — Réussir sa vie professionnelle, mais selon quelle définition ?

Nous ne construisons jamais nos ambitions indépendamment du monde dans lequel nous évoluons.

Nous héritons de représentations, de modèles, d'attentes et de normes.

Certains nous portent.

D'autres peuvent progressivement devenir trop étroits pour ce que nous souhaitons vivre, accomplir ou devenir.

L'enjeu n'est pas de nous affranchir de toute influence, ni de renoncer aux marqueurs traditionnels de réussite.

Il est de pouvoir les examiner, les choisir, les réinterpréter et, lorsque cela devient nécessaire, les remettre en question.

Car une carrière prestigieuse peut être profondément désirée.

Une carrière discrète peut être extraordinairement accomplie.

Et une même personne peut aspirer à des formes de réussite très différentes au cours de sa vie.

La véritable question n'est peut-être pas de savoir si nous avons réussi selon les standards du monde qui nous entoure.

Mais de nous demander si la réussite que nous construisons nous permet aussi de vivre une vie professionnelle que nous avons de bonnes raisons de vouloir.

Et si nous cessions de considérer cette question comme un doute sur notre ambition, pour y voir une manifestation de notre discernement ?

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Chez Rinascita Eternae Coaching, j'accompagne les professionnels, managers, patrons et entrepreneurs, particuliers

dans leurs réflexions, leurs décisions et leurs transitions.

À travers le coaching professionnel, le travail sur le positionnement, le leadership et les trajectoires, je vous propose un espace pour questionner vos représentations, clarifier vos aspirations, explorer vos possibilités et construire vos prochaines étapes.

Sans modèle de réussite imposé.

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Avec une ambition : vous aider à développer votre pouvoir d'agir pour construire une réussite professionnelle qui conjugue vos aspirations, vos responsabilités, votre réalité et votre qualité de vie globale.

Rinascita Eternae Coaching

Agir avec discernement. Diriger avec humanité. Vivre avec profondeur.

 
 
 

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